Des jours, et des gens.

Debout. Bonjour. Ca va ? A demain ! Couché.

La vie s’habille parfois d’irrationnel et de paradoxe. Un jour tu aimes, pour mieux haïr le lendemain. Hier encore tu voguais sereinement vers un rivage en vue, et ce matin la brume perturbe l’intégralité de tes sens…

Quel est donc ce but que nous sommes si nombreux à chercher ? Est-ce la nouveauté perpétuelle ? La survie dans un environnement bien trop souvent hostile ? La répétition inlassable d’un quotidien que l’on veut améliorer jour après jour ?

Et pourquoi ces gens ? Pourquoi tout ce monde gravitant autour de pas grand chose, finalement ? Chacun n’a-t-il pas sa destinée à mener ? Quelque chose à accomplir ? Ne sommes nous pas à la base destinés à comprendre des choses ?

Mais sur quoi ? Le monde ? La vie elle même ? Ces humains qui nous entourent ? Ce divin mystérieux ? Ce cosmos infini ?

Fort heureusement tu es la… Tu donnes un rythme à tout cela ; une ancre à ce tourbillon de rien qui me perd et me fait chavirer…

Mais voilà… Morphée approchant, l’obscurité emplit mes pensées et balaie méthodiquement chaque parcelle de lucidité en moi, pour laisser s’installer doutes et rêves… Peurs et espoirs…

Et voilà un lendemain qui naît… Nouveau jour empli d’inconnu ; hier en devenir empli de déjà vu…

Et ils sont là… Encore et toujours. Tournant, rampant, courant autour de moi… Je ne les comprends pas plus qu’ils ne me connaissent… Mais tant que chacun continue de jouer son rôle alors nous feindrons tous de comprendre ce qui nous arrive…

Toi qui semble parfois si sereine, dis moi… C’est donc ça la vie ?

Des jours et des gens ?

Des jours, et des gens.

Un trait sur du papier.

Un champ lexical entier né d’un trait sur du papier : patriote, réfugié, étranger, ressortissant, nationaliste, expatrié… Il est incroyable de constater l’étendue et la complexité des qualificatifs applicables à une personne en fonction de sa simple présence à un instant t sur un bout de terre.

Impressionant en tout cas de voir à quel point une simple frontière amène à tant de dérives et de haine… Comme si protégés derrière une barrière imaginaire les gens se sentaient pousser des ailes et se découvraient une légitimité au jugement d’autrui. Bien souvent toutefois, cette idée résonne comme l’illustration d’un nationalisme exacerbé qui tend à choquer les bonnes moeurs. N’oublions pas que le politiquement correct n’est pas raciste ; il faut aimer son prochain, c’est important.

Ah oui… Mais son prochain doit être en règle par contre. Quand il n’a pas de papiers, qu’il fuit la guerre à la recherche d’un monde plus juste, dans ce cas ce n’est plus du racisme… C’est simplement politique.

De même, il faut idéalement que son prochain nous ressemble. Une religion trop différente, une culture un poil trop expressive, et voilà que l’on dénoncera cette fois une non assimilation. Ce n’est pas du racisme non plus… Cette fois, c’est de la tradition. Du bon vieux terroir.

Tout ça pour un trait sur du papier. Parce qu’un jour qu’on a tous oublié, des hommes qu’on a tous oubliés se sont réunis autour d’un bout de papier avec le dessin de pays aux contours grossiers et se sont partagés les terres comme on découpe un gateau.

N’est-il pas fabuleux que des décennies plus tard, des humains puissent décemment utiliser le mot fierté en l’associant avec le simple fait d’être né entre des lignes griffonnées par les tyrans du monde ? Ô qu’il est beau de voir le rejet d’un être pour la simple raison qu’il vienne de l’autre côté du trait… Ô qu’il est beau de voir que l’Homme, dans toute sa splendeur ne parvient même pas à voir le ridicule de cette considération…

Bien entendu, la plupart d’entre vous penseront à la lecture de ces quelques lignes que tout ça est bien loin de leur monde… Ces mots sont le pain des racistes !

Alors permettez-moi une petite digression : combien d’entre-vous regardent avec une pointe d’émotion le défilé du 14 juillet à la télévision ? Combien sont fiers d’observer l’inventaire public de notre force armée dans les rues de la ville choisie comme la capitale ? Combien ne voient pas en ce jour la résonnance nauséabonde d’un patriotisme gênant ?

Encore ? Combien défendront plus ou moins timidement une poignée de millionaires en short courant après un ballon au milieu d’un stade hors de prix simplement pour le fait que le nom de leur pays est inscrit sur leur maillot ? Combien choisiront par défaut « leur pays » lorsqu’il s’agira de défendre un participant à une quelconque compétition dans laquelle ils n’éprouvent même pas forcément un intérêt particulier ?

Il est clairement une chose qu’il m’est impossible de comprendre : la fierté d’un pays. Comment est-il possible d’être fier de l’arbitraire ? Naître à un endroit lambda, en un temps t, de parents x et y, peut-il sincèrement mener à quelconque fierté ? En quoi un acte de naisssance devrait-il justifier d’une quelconque façon l’attachement d’un langage, d’une religion, d’une culture…

Parfois, j’aimerais simplement qu’on se rappelle qu’avant tout ça, on était humain.

Un trait sur du papier.

Bas les masques !

Ca fait mal à m’en crever les yeux. Littéralement. Je les sens, ces putains de larmes, juste là au bord des joues. Tu vois ce piquotement annonciateur, ce frémissement dans le haut du nez, ce tremblement de la paupière ? Je sens tout ça qui monte… Puis rien.

Des poings qui se serrent, des bras qui tremblent, la gorge qui se noue, et l’envie incommensurable de simplement chialer, du plus profond de cette putain d’âme. Puis rien.

Juste le néant, un vide émotionnel atroce qui ingurgite tout et te recrache un sentiment amer de sensation à peine croquée…

Alors ouais, je fais le beau, le mec sûr de lui qui vis sa vie déterminé… Les gens voient un sourire, une assurance, et de la confiance qui déborde. Toutes ces personnes voient des diplômes, des examens réussis, une carrière qui se construit… Et personne ne voit les tremblements, les angoisses, les crises de panique et les migraines à répétition. Personne ne voit jamais derrière le masque, la façade lisse et sobre d’un mec ordinaire qui vit sa vie de façon lambda…

La vérité c’est que sans toi, la vie je la subis de plein fouet. Pas comme un joli cadeau ou une aventure tendre et agréable, mais plus comme une punition sordide qu’on répète sadiquement.

La réalité de mon monde, c’est que seul face au miroir, je me regarde droit dans les yeux et je me félicite d’avoir réussi à rater ma vie à même pas trente ans.

Ma réalité, c’est que je vis dans un noir total et que toi tu n’es pas seulement ma lumière, mais toutes les couleurs de mon univers.

Ma vie à moi, c’est de m’arracher du lit le matin, de me tourner vers toi, et de me dire que j’ai une raison de me lever. C’est de m’habiller à la va vite, d’enfiler mon masque, de prendre ma bagnole, et d’aller m’enfermer dans un pièce aux murs blancs, derrière un écran, à vendre mon temps simplement parce que c’est le minimum que je puisse faire… Le rare truc que je sache faire. Mes journées c’est de rentrer le coeur impatient et les bras languissants de te retrouver… Toi, ton sourire, tes mots, tes rires… Toi, tes larmes, tes cris, ta vie… Toi, ma lumière, ma seule et unique raison d’exister, littéralement.

Je ne me plains pas, loin de là. Je ne suis pas malheureux de mon sort et je ne vis pas par procuration. J’ai la chance d’avoir trouvé ma vocation, mon bonheur le plus total, ce qui donne un sens à mes jours. Ca peut paraître stupide, futile ou trop facile… Ca peut paraître bête, lâche ou tout ce que tu voudras. La réalité c’est que ma joie à moi c’est de te voir heureuse, quoi qu’il en coûte.

Alors avec toute la niaiserie que ça laisse entrevoir, je m’en fous et je l’assume. Mon monde, c’est toi.

Bas les masques !

Hypocrisie ou idiotie ?

Un peu de pouvoir : voilà simplement l’illusion à donner à tous ces blaireaux pour qu’ils sourient et donnent la patte.

Encore une réunion terminée où se sont enfermés dans une même pièce une dizaine de pions qui ont eu l’impression de faire avancer leur entreprise. Chacun partageant avec ses semblables son incompréhension dissimulée d’à peu près tout ce qu’il touche… Rapportant la moitié d’un message qu’il ne comprend pas, inventant un simili de réponse à une question pas plus intelligente… Mais tout ça avec le sourire bien sûr. Non pas parce que le rassemblement de pseudo cerveaux est intéressant, mais parce que l’invitation est sélective. Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir participer à cet échange inutile, cela prouve bien que les heureux élus ont quelque chose en plus…

Une illusion de pouvoir.

La réalité c’est qu’ils ne dirigent rien. Ils ne contrôlent pas plus ceux qui travaillent pour eux que ceux qui les font travailler. Ces gens du milieu perdus dans l’organigramme de l’inutilité… Un peu trop haut pour réellement produire quoi que ce soit, un peu trop bas pour prendre une quelconque décision. Alors ils passent des messages… Disent à ceux du haut ce qu’ils comprennent de ceux du bas ; puis expliquent comme ils le peuvent à ceux du bas ce que ceux du haut attendent d’eux. Le constat est choc : ils ne servent finalement à rien. Mais ils ont un titre. Et le titre, c’est le constat chic : je ne sers à rien, mais je suis. Prends ça dans les dents Descartes. Pas besoin de penser quand tu peux simplement appliquer les règles, et répéter ce qu’on t’a demandé de dire. On ne t’en voudra même pas si tu n’as pas compris.

Alors les moutons… Comment fait-on pour être heureux quand on a un titre mais pas de fond ?

Cette question me taraude souvent… Et j’avoue qu’il m’est difficile de savoir ce qu’il peut se passer dans la tête de toutes ces marionnettes à cravate. Le bonheur est-il envisageable pour ces gens qui piétinnent chaque matin leur dignité ? La joie existe-t-elle dans le monde de l’illusion ? Et si finalement la réponse était dans la question ? De la même façon qu’il est inutile de donner une once de pouvoir à quiconque ayant l’illusion d’en avoir, n’est-il pas suffisant que les gens aient l’illusion d’être heureux plutôt que de l’être ? N’est-il pas plus facile de simplement flatter légèrement l’ego de nos chers pantins pour qu’ils se sentent grands, et oublient de regarder dans un miroir ce qu’ils sont vraiment ? Ne sont-ils pas finalement habitués à ça depuis leur plus tendre enfance grâce au merveilleux monde de l’éducation et de l’école ?

Et dire que des putains de milliers de gens vivent comme ça sans broncher…

Alors : hypocrisie ou idiotie ?

Hypocrisie ou idiotie ?

Poupées binaires.

011001100111010101100011011010110010000001110011
011011110110001101101001011001010111010001111001.

J’imagine que c’est ce qu’il se passe dans la tête des marionnettes de ma planète. Enchevêtrement de raisonnements binaires : untel est bon, unetelle est digne de confiance, gauche, droite, bonheur, malheur… Comme si finalement tout se résumait en des choix définitifs et obligatoires entre 2 données opposées. Comme si le refus d’une notion impliquait l’adoration de son contraire…

Manipulation des plus basiques qui finalement entraîne la chute de la masse : si tu n’aimes pas le 1, adore le 0. Si tu rejettes le 0, tu seras jugé pour asservisision au 1. Remplacez ça par n’importe quelle mot clé que vous entendrez lors de votre prochain journal télévisé… Et vous aurez la soupe immonde qui nous est servie chaque jour. Celle dont les pantins raffolent.

Saupoudrez tout ça d’une bonne dose de jugement, de peur et d’incompréhension de l’autre, et vous obtenez une superbe petite armée d’aliénés, tous prêts à avaler les conneries qu’on leur vend. Brel disait que la méchanceté n’est que le reflet de la bêtise, qui elle même est fille de paresse. Et si la bêtise n’était que fille illégitime de paresse et de faiblesse ? Et si la masse n’était qu’une victime asservie laissant échapper d’un soupir un : « fais ce que tu veux, mais fais le vite » ?

Et si tous ces moutons préféraient simplement courir vers le loup de peur  qu’il les rattrape ? Avoir l’illusion d’un contrôle de leur monde puisque c’est eux qui courent au suicide et non la mort qui les talonne. Vite pantin servile, raccroche tes ficelles avant de devenir libre, il serait tellement dommage de devoir user ce libre arbitre dont on t’avait fait cadeau il y a bien longtemps…

J’avais l’espoir que les hommes soient un peu plus que du binaire… Que le monde soit un peu plus qu’un programme. Que la société soit un peu plus qu’un conglomérat d’abrutis. Mais ça devient de plus en plus dur…

Mais je ne tomberai pas dans la facilité du désespoir. Parce que je pense qu’il y a plus que des 0 et des 1.

Poupées binaires.

Ô rage, ô désespoir.

Est-ce la vieillesse ennemie d’un monde archaïque, ou la fougue d’une jeunesse rebelle, qui mine méthodiquement les routes que je traverse ? A dire vrai, je ne sais pas.

Je me demande souvent ce que voient les gens normaux. Quelle est leur perception du monde ?

Est-ce que pour eux également, croiser un panneau de publicité c’est vomir les lobbies qui contrôlent les esprits, et manipulent les masses ? Est-ce qu’ils ont également la nausée lorsqu’ils entendent tous ces slogans abrutissants alliénant les consciences? Est-ce qu’ils voient le mensonge dans toutes ces promotions éhontées de médicaments, de nourriture à foison, et de consommation excessive ? Est-ce que les gens voient l’hypocrisie derrière les bandeaux qui signalent que l’abus d’alcool est dangereux, alors qu’ils sont apposés sur une vidéo de 45 secondes qui en vante les mérites sociaux ?

Est-ce que les gens se sentent rassurés quand on leur dit qu’il y aura plus de militaires et de policiers armés dans les rues, et qu’ils seront protégés ? Est-ce que personne n’a peur quand il reconnaît sous l’uniforme, la main sur un revolver chargé, le cancre du fond de la classe qui a raté sa scolarité ? Est-ce que personne n’est interpellé par les chiffres témoignant du taux de racisme chez ces personnes à qui l’on octroie silencieusement les pleins pouvoirs ? Est-ce que personne ne s’interroge sur leur rapport à la mysoginie ? A l’homophobie ?

Est-ce que les gens sont contents d’avoir l’illusion de choisir qui les dirigera et de quelle façon ? Est-ce qu’ils ont conscience même que la notion basique d’être « dirigé » est intrinsèquement opposée à la notion de liberté qui paraît-il est la devise de leur patrie ? Est-ce que les gens s’intéressent au fait que leurs droits et leurs devoirs sont décidés par une poignée d’élites qui ne les appliqueront jamais sur eux-mêmes ?

Est-ce que les gens voient l’échec du monde quand ils passent la porte d’un supermarché ? Est-ce qu’ils voient la décadence d’une ère, illustrée par les amoncellements de nourriture qui sera de toute façon gaspillée ? Est-ce qu’ils voient la mort et la souffrance qui hante leurs barquettes de jambon ?

Est-ce que les gens sont fiers de notre époque lorsqu’ils allument la radio, ou leur télévision ? Est-ce qu’ils apprécient sincèrement toute cette médiocrité à peine dissimulée ? Tous ces pseudo-artistes préfabriqués qui mourront dans l’oubli avant même d’avoir terminé leurs tournées ? Est-ce que les gens ne craignent pas ce retour à l’obscurantisme quand on voit la décroissance inquiétante du niveau scolaire ?

Je me demande souvent ce que voient les gens normaux.

Ô rage, ô désespoir.

Rideau.

Je n’ai jamais vraiment aimé le théâtre. A mon sens, cela se résume à peu : des gens qui se déguisent, se maquillent, et exagèrent. Tout et tout le temps.

Ils parlent fort, font de grands gestes, rigolent et pleurent. Ils gesticulent sur scène, parfois tournés vers un public dont ils espèrent secrètement la reconnaissance, parfois tournés vers d’autres acteurs auprès desquels ils semblent chercher un quelconque soutien, un simulacre de réconfort…

Mendiant des applaudissements, quémandant de l’intérêt… je ne vois sur ces planches inutiles que des gens perdus, cherchant dans les histoires qu’ils jouent à fuir une réalité qui les rattrapera fatalement.

Tentatives vaines et futiles de faire rire un parterre de gens blasés venus échapper au quotidien morne et routinier pendant quelques heures. Bribes d’émotions sur fond de répétitions…

N’est-ce pas finalement pour cette simple raison que je n’aime pas le sixième art ? Parce que c’est faux. Et que ce faux assumé ne fait finalement que me rappeler douloureusement que le vrai ne l’est pas tant, et que chaque matin, mon rideau se lève.

Costume de travail, sourire de comédien, et me voilà en route pour l’acte 1. Dialogues de sourds, monologues intérieurs, absurdité exacerbée… Tout y est finalement. Les personnages qui se font entendre en parlant plus fort que leurs voisins, les situations stériles qui ne feront jamais changer le monde… Et moi au milieu, qui regarde ce petit manège tourner en me donnant mal à la tête.

Puis chacun narre son acte 2 : afterwork en ville, dîners au restaurant, soirées bruyantes entre amis qui ne le sont pas moins… A croire que les activités n’ont pour but que de prouver aux gens qui nous entourent que nous existons nous aussi.

Comme au théâtre… Finalement je veux juste partir car je n’aime pas. Ca ne me divertit pas, et au contraire ça m’angoisse. Apologie de la fausseté sur fond d’hypocrisie. La vie est un mensonge surjoué, savamment découpée en scènes inutiles.

J’ai trouvé. Je n’aime pas le théâtre car je n’aime pas le faux.

Alors maintenant, et si on vivait, plutôt que de jouer à vivre ?

Rideau.

Spirale.

Aujourd’hui, je tourne en rond.

Pas que je m’ennuie particulièrement… J’ai un boulot, des trucs à faire, et des idées toutes les 3 secondes. Je veux écrire, lire, parler, aimer, écouter, imaginer, rêver… Et aujourd’hui je n’y arrive pas.

Il n’y a pas de raisons à ça. Ce matin je me suis levé comme tous les autres jours : arraché du lit par mon réveil. Je l’ai regardée, je me suis habillé, et je suis parti. Et puis rien. Assis sur une chaise, des gens autour de moi… Et mon esprit passe de tête en tête en se demandant si tout le monde est sérieusement débordant d’entrain, ou si comme moi chacun est un peu perdu derrière son bureau, se demandant si nous ne cherchons pas simplement à être débordés de travail pour oublier qu’on ne sait pas vraiment ce qu’on fait là.

Alors je m’arrête deux minutes, je me rappelle des infos vues sur Twitter durant la matinée… Chomâge, misère, difficultés… Puis je me dis que finalement moi ça va. Je ne me plains pas particulièrement de quoi que ce soit… Et pour autant aujourd’hui je ne souris pas.

Généralement, c’est à ce moment que mon cerveau décide que pour pimenter la journée, et faute de trucs sympas auxquels penser, ce serait plutôt sympa d’avoir peur. Peur de tout, de rien. Peur des gens autour, peur des gens que je ne connais même pas. Peur que tout ça n’ait pas de sens.

Suis-je le seul ? Le monde qui m’entoure ne semble pas se soucier du temps qui passe, du monde qui s’émiette, des gens qui crèvent, des animaux qu’on exploite… Comme si tout cela était logique, normal. Est-ce que personne ne se dit une fois de temps en temps qu’un adulte c’est juste un enfant à qui on a dit de fermer sa gueule, et qui ne sait pas pour combien de temps il est puni ?

Puis c’est là, à ce moment, que je tourne en rond. Une jolie spirale de négativité, bien comme il faut. Celle qui fait que tes peurs te font peur, que ton incapacité à en sortir te dégoûte, que ton dégoût t’énerve, et que ta colère te fait peur. Puis on tourne, encore une fois.

Dans le fond, c’est pas grave. Demain, tout ira mieux, et j’aurai oublié aujourd’hui. N’empêche, aujourd’hui c’est maintenant, et pour l’instant j’ai peur de demain.

C’est drôle la vie… On court super vite pour être grand, puis quand on l’est on se dit que c’était pas si mal d’être petit… Et comme on est jaloux et triste, on fustige les rares d’entre nous qui ont su préserver leur âme. C’est plus facile que de faire des efforts  il paraît.

Aujourd’hui, je tourne en rond. Mais promis, demain je courrai tout droit.

Spirale.

Un singe et une machine à écrire.

Ô qu’il est amusant parfois de s’asseoir, arrêter toute activité, et regarder tourner le monde.

Prendre ne serait-ce qu’un soupçon de recul sur cette belle société aux rouages huilés avec soin, et observer (non sans une touche de sarcasme et d’ironie) la magnificence de cette fourmilière de stupidité.

A l’instar de sa conjointe animale, notre botte de terre grouille de ses habitants tous affairés à diverses tâches, courant à droite, clopinant à gauche… Chacun semblant, au premier regard, savoir précisément ce qu’il fait, ainsi que pourquoi. Les optimistes y rajouteraient d’ailleurs que cela est entièrement dans le but de servir l’ensemble ; la communauté.

Mais une légère différence semble émerger, tout du moins à mes yeux : n’aurions nous pas en guise de monde une usine géante de singes armés de leur machine à écrire, plutôt qu’une fourmilière disciplinée et ordonnée ?

Il plaît certainement à l’Homme, précédé de sa majuscule qui lui est chère, d’imaginer le contrôle qu’il pense avoir sur sa planète, ses semblables, et ses subordonnés ; qui bien souvent se confondent, il faut l’avouer. Tout comme il lui est sans aucun doute agréable d’exposer le savoir dont il prétend disposer.

Et c’est là qu’est l’os, hélas. Je ne prétends pas me faire observateur de l’humanité, et m’amuse simplement de ce qui traîne à portée de mes yeux : entre médecins aux diagnostics opposés, scientifiques aux théories certifiées tant qu’elles ne sont réfutées, politiciens aux discours accrocheurs bien que conscients d’ignorer ne serait-ce que les bribes d’une solution aux problèmes de ce monde… Mais ce n’est pas tout : religieux fanatiques prêchant à qui voudra l’entendre que le salut est dans leurs mots, directeurs incompétents hissés à leurs postes à la force de l’incompréhension du domaine qu’ils dirigent, forces de l’ordre manipulées qui pensent justice sans en connaître le sens…

Il m’arrive alors d’imaginer le monde évoluant bon gré mal gré selon une suite d’actions incertaines menées par des gens qui ne le sont pas moins. Une société ballotée d’un extrême à l’autre : d’un message de tolérance à une action discriminante ; d’un geste de paix à un coup dans la nuque…

N’y verrions-nous pas alors émerger ce magnifique paradoxe du singe savant ? Cette ère d’idiotie globalisée que nous traversons ne serait-elle finalement pas que la résultante d’une infinité d’actions relativement hasardeuses, menées par une majorité qui cherche au travers de ses décisions à donner un sens à une vie qui s’échappe ?

Vient alors le temps des conclusions : le verre à moitié plein voudrait que, à l’image du théorème auquel fait référence le titre de cet article, naisse de ce joyeux chaos un Hamlet sociétal ; sorte d’idéal de beauté ou de génie de maîtrise… Tandis qu’un soupçon de pessimisme me souffle à l’oreille que cette cohue indomptable ne court finalement qu’après sa propre perte, qu’elle juge simplement, bien qu’à tort, comme impossible.

Loin de moi l’idée de faire ici une ode à la dictature du sens et de la raison. Je n’aimerais sans doute pas d’un monde où tout est maîtrisé, sous contrôle… Je m’amuse toutefois de l’incohérence et du déni, et, non sans une pointe de tristesse, de l’hypocrisie générale d’hommes convaincus du contrôle qu’ils n’ont finalement pas sur leur propre domaine.

Robinson de ce monde ? Enfermé au beau milieu de la caverne de Platon ? Aveuglé par une éducation elle aussi hasardeuse ? Je ne sais pour quelle raison notre société m’apparaît comme aussi inconsistante… Mais finalement, la vérité, au delà d’être dans le vin, ne serait-elle pas davantage dans les questions que dans les réponses ?

Un singe et une machine à écrire.

Tourbillon.

Y’a des jours où je me perds.

Je me lève le matin, vivant, une pleine journée à venir ; je regarde devant moi, et je vois une multitude de chemins.

Il paraît qu’on est plus de 7 ou 8 milliards à habiter sur cette boule bleue qui flotte dans du rien. Et pour autant, il doit bien y avoir des dizaines de milliards de vies. Loin de moi l’idée de vous noyer dans des chiffres ou d’intéressants calculs, mais n’avez-vous jamais entendu au détour d’une conversation quelqu’un évoquer sa « vie professionelle » ? Ou sa « vie de famille » ? Les plus jeunes d’entre nous pesterons à la mention de leur « vie scolaire » ; il me semble que c’est d’ailleurs une formulation presque usuelle pour certains cours de pseudo-éducation sociale au collège…

Cela fait peu, me direz-vous… Ce à quoi je rétorquerai que nous avons finalement bien plus de vies que cela… Une par activité, une par groupe d’amis, une par diner de famille…

Entre votre vous du travail, docile et discipliné, obéissant aux ordres et subissant la pression quotidienne… Votre vous à la maison, aimant (du moins je l’espère pour vous), passionné, et un tantinet pantouflard… Votre vous sportif, dans un club quelconque ; votre vous musicien dans la fanfare du village ; votre vous orc dans votre jeu vidéo préféré ; votre vous amusant dans vos repas entre amis ; votre vous attentionné lors des repas de famille ; votre vous détestable dans d’autres repas de famille.

Et tout cela sans compter les autres vous. Ceux qui se cachent tapis dans les recoins de vos cervaux. Ceux qui rêvent, ceux qui cauchemardent. Ceux qui dépriment, ceux qui espèrent. Tous ces vous en devenir, ces vous à l’agonie.

Puis viennent tous les vous qu’on attend. L’image que se font de vous vos amis, vos familles, vos parents, vos enfants… Toutes ces personnes que l’on aimerait que vous soyez mais qui ne sont pas vous. Toutes ces facettes que certains croient connaître mais qui n’ont jamais existé et n’existeront sans doute jamais…

Vous vous êtes sans doute confrontés à eux, à vous, des centaines de fois… « Je ne te savais pas comme ça », « d’habitude tu fais ceci », « je te connais, ça ne te ressemble pas »… Ô combien ces phrases semblent emplies d’une banalité sans précédent ? Ô combien sont-elles destructrices et inappropriées…

Alors il y a des jours où je me perds. Je me lève le matin et je ne sais plus quelle vie enfiler. Au croisement des genres, là où certains collègues deviennent amis, là où certaines passions deviennent travail… Lorsque les rêves deviennent réalité ou que les cauchemars se réveillent…

Ces matins là, je me demande vers où marcher. Entre cette « vie sociale » préfabriquée, toute lustrée et polie, que l’on nous vend en tête de gondole de chaque supermarché : « consomme et tu seras »… Entre cette « vie professionnelle » acharnée où l’on tente de te faire croire que concession rime avec reconnaissance…

Il y a des jours comme ça, où à force d’être l’un et l’autre, tout le monde et personne à la fois, je finis par me demander qui je suis vraiment. Laquelle de ces vies est finalement la mienne ? Est-ce que cela importe, finalement ?

Au final, qui voudrais-je être ?

Tourbillon.